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LA NUTRITION ET LE VIEILLISSEMENT
Les données biologiques, observationnelles et épidémiologiques permettent d’appréhender l’effet protecteur de nombreux nutriments (anti-oxydants, acides gras poly-insaturés, acide folique…) sur certaines pathologies liées au vieillissement, notamment le déficit cognitif. Cependant, des études d’intervention sont encore nécessaires pour confirmer ces données.
AVANCEES SUR LES RAPPORTS ENTRE LA NUTRITION ET LA FONCTION IMMUNITAIRE
D’après la communication du Pr Simin Meydani (Human Nutrition Research Center on Aging at Tufts University, Boston, Etats-Unis).
Les personnes âgées sont particulièrement sensibles aux infections (grippe, pneumonie, infections urinaires, zona, intoxications alimentaires…) et sujettes aux complications. On sait que l’immunité diminue avec l’âge, avec réduction de la réponse des lymphocytes T, de la production d’anticorps et des cytokines. Le deuxième facteur de développement des infections est une augmentation de la virulence des agents pathogènes chez les personnes âgées. Enfin, on peut évoquer aussi des modifications de la microflore intestinale, avec raréfaction des bifidobactéries et augmentation des bactéries pathogènes telles que les entérobactéries et Clostridium.
Les mécanismes sous-jacents au dysfonctionnement immunitaire lié à l’âge sont encore mal élucidés. Les personnes âgées ont souvent des apports nutritifs insuffisants alors que certains nutriments jouent un rôle essentiel dans la réponse immunitaire. En effet, les patients âgés souffrent fréquemment d’une déficience en micronutriments : vitamines E, C, B6, folate, sélénium, zinc et fer. La relation entre micronutriments et réponse immunitaire est connue depuis longtemps et l’impact de diverses supplémentations a été étudiée. Chez des souris âgées, la vitamine E (200 UI) augmente la réponse des lymphocytes T et permet aux animaux supplémentés de se débarrasser des virus (de la grippe) beaucoup plus rapidement que les animaux témoins non supplémentés. Une étude randomisée en double aveugle été menée pendant un an chez plus de 500 personnes institutionnalisées afin de connaître l’impact d’une supplémentation en vitamine E (200UI) sur l’incidence des affections respiratoires. Les résultats montrent que la vitamine E diminue le risque d’infections respiratoires hautes, mais qu’elle n’a pas d’impact sur le risque d’infections respiratoires basses. La vitamine E agirait en stimulant les lymphocytes T et la production d’IL-2 et en renforçant la phagocytose. D’autres composés amélioreraient également la réponse du système immunitaire : le glutathion, les probiotiques, le zinc, l’acide linoléique conjugué, les glycopolysaccharides dérivés des champignons…
LE PARADOXE DES ANTI-OXYDANTS
D’après la communication du Pr Barry Halliwell (Université de Singapour).
La plupart des études d’observation montrent une relation entre un régime riche en fruits et légumes et la diminution du risque de maladies liées à l’âge, notamment les pathologies cardiovasculaires ou neurodégénératives et certains types de cancers. Mais les études d’intervention avec des anti-oxydants tels que les vitamines E, C et les caroténoïdes ont donné des résultats contradictoires et souvent décevants.
Les antioxydants sont des composés ambigus : de fortes doses peuvent avoir un effet pro-oxydant et entraîner des actions délétères. A température élevée, le thé par oxydation des polyphénols libère des peroxydes…
Il en est de même pour les flavonoïdes, qui ont des activités antioxydantes in vitro, mais qui ont donné des résultats contradictoires dans les études cliniques. Enfin, ces études interventionnelles suscitent un certain nombre de questions concernant notamment la définition des populations à l’inclusion (statut nutritionnel, pathologies), les doses d’anti-oxydants utilisées (souvent élevées), les nutriments associés ou non, la pertinence des marqueurs utilisés, la qualité des cultures cellulaires…
LES FOLATES ET LA PREVENTION DES PROCESSUS NEURODEGENERATIFS
D’après la communication du Pr K. Pietrzik (Institut of Nutritional and Food Sciences, Université de Bonn, Allemagne)
Des études très récentes sont en faveur de l’effet protecteur de l’acide folique, dans certaines conditions… Ainsi, la Nun Study (1), menée chez 678 religieuses, a montré une relation entre le faible taux sérique en folates, l’atrophie du néocortex cérébral et la maladie d’Alzheimer.
Dans une étude randomisée en double aveugle contre placebo, on a constaté une amélioration significative de la fonction cognitive dans une population de 818 patients ayant reçu une supplémentation d’acide folique (800 μg/j) pendant trois ans (2). Cependant, une autre étude a montré que les effets de l’acide folique chez des personnes âgées variaient en fonction des teneurs plasmatiques en vitamine B12, avec un effet protecteur contre le déficit cognitif lorsque le taux sérique de vitamine B12 est normal et un effet inverse lorsque celui-ci est faible (3). L’efficacité biologique et la biodisponibilité du méthylfolate sont comparables à celles de l’acide folique. Il est également intéressant de remarquer qu’une supplémentation en acide folique réduit la mortalité par accident vasculaire cérébral (4). L’étude HOPE 2 a démontré de même, après 5 ans de supplémentation en acide folique et vitamine B12, une diminution significative de la mortalité par infarctus et AVC dans le groupe traité par rapport au groupe placebo (5). Par ailleurs, une autre étude a montré que l’hypoxie facilitait l’apparition de la maladie d’Alzheimer en surrégulant l’expression du gène BACE 1 ; celui-ci participe à la synthèse du peptide ß amyloïde qui s’accumule dans le cerveau et favorise les plaques caractéristiques de la maladie d’Alzheimer (6).
Ainsi, l’acide folique et d’autres stratégies thérapeutiques visant à réduire le taux d’homocystéine pourraient améliorer l’irrigation cérébrale et réduire le risque d’apparition de troubles neurodégénératifs.
1.Snowdon DA ; Nun Study. Healthy aging and dementia : findings from the Nun Study. Ann Intern Med. 2003 Sep 2 ; 139 (5 Pt 2) : 450-4.
2.Durga J, van Boxtel MP, Schouten EG, et al. Effect of 3-year folic acid supplementation on cognitive function in older adults in the FACIT trial : a randomised, double blind, controlled trial. Lancet. 2007 Jan 20 ; 369 (9557) : 208-16.
3.Morris MS, Jacques PF, Rosenberg IH, et al. Folate and vitamin B-12 status in relation to anemia, macrocytosis, and cognitive impairment in older Americans in the age of folic acid fortification. Am J Clin Nutr. 2007 Jan ; 85 (1) : 193-200.
4.Yang Q, Botto LD, Erickson JD, et al. Improvement in stroke mortality in Canada and the United States, 1990 to 2002. Circulation. 2006 Mar 14 ; 113 (10) : 1335-43.
5.Lonn E, Held C, Arnold JM, et al ; HOPE-2 Investigators. Rationale, design and baseline characteristics of a large, simple, randomized trial of combined folic acid and vitamins B6 and B12 in high-risk patients : the Heart Outcomes Prevention Evaluation (HOPE)-2 trial. Can J Cardiol. 2006 Jan ; 22 (1) : 47-53.
6.Sun X, He G, Qing H, et al. Hypoxia facilitates Alzheimer’s disease pathogenesis by up-regulating BACE1 gene expression. Proc Natl Acad Sci U S A. 2006 Dec 5 ; 103 (49) : 18727-32.
LA PISTE DES SIRTUINES
D’après la communication du Pr John Denu (Département de chimie biomoléculaire, Université du Wisconsin, USA)
Les sirtuines sont une famille de protéines déacétylases NAD-dépendantes qui améliorent la dépense énergétique.
Les études expérimentales ont montré certains effets protecteurs contre l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, le cancer et certains processus neurogénératifs. Par ailleurs, certaines sirtuines sont activées par le resvératrol. De nombreuses études portent actuellement sur la recherche d’activateurs des sirtuines en prévention ou en traitement des dysfonctionnements métaboliques ou de pathologies associées au vieillissement.
ACIDES GRAS ET ANTIOXYDANTS DANS LA MALADIE D'ALZHEIMER
D’après la communication du Pr Fati Nourhashemi (Hôpital Casselardit, service de médecine interne et gérontologie clinique, CHU Toulouse)
La maladie d’Alzheimer est la plus fréquente des démences des personnes âgées : elle touche 24 à 33 % des personnes de plus de 85 ans. On dispose aujourd’hui de traitements symptomatiques qui ralentissent son évolution, mais pas de traitement curatif. Deux lésions histologiques dominent : les plaques amyloïdes et la dégénérescence neurofibrillaire qui diminue l’influx nerveux et la communication intracellulaire.
Des recherches actuelles ont pour objectif de l’élaboration de traitements préventifs. Les acides gras essentiels ont suscité de nombreuses études et ils semblent jouer un rôle dans la prévention du risque de déficit cognitif et de démence.
Chez l’animal, un régime riche en cholestérol et en acides gras saturés entraîne un dépôt de protéines ß amyloïde. Un faible apport en acides gras saturés et un régime riche en acides gras polyinsaturés oméga 3 (consommateurs de poisson) réduit le risque de développer une maladie d’Alzheimer, selon les résultats des études PAQUID, Rotterdam Study et Zuphten Elderly Study. Les acides gras polyinsaturés sont les principaux composants des phospholipides des membranes neuronales et sont essentiels au développement et au fonctionnement du cerveau. Ces observations ont suscité la mise en place d’essais randomisés chez des sujets à risque supplémentés avec de fortes doses d’acide docosahexaénoïque (DHA).
Les résultats sont attendus pour 2007. Enfin, une étude récente a montré l’effet bénéfique de la supplémentation en acide éicosapentaénoïque (EPA) et en DHA chez des patients atteints de maladie d’Alzheimer légère (MMS > 27), tandis qu’aucun effet n’était observé à des stades plus avancés de la maladie.
Une autre piste de recherche est celle des anti-oxydants (vitamines E, C, carotènes…). Il n’y a aucune concordance entre les différentes études randomisées contrôlées : certaines sont positives à fortes doses, d’autres ne montrent aucun effet.
L’étude Guidage sur l’effet d’un extrait de Ginkgo biloba sur la plainte mnésique est actuellement en cours dans 15 centres en France et aux Etats-Unis. De même, l’étude Preadvise teste l’effet de la vitamine E et du sélénium sur le risque de développer la maladie d’Alzheimer ou le cancer de la prostate.
LA PREVENTION DES CANCERS GASTROINTESTINAUX LIES A L'AGE
D’après la communication du Pr Adhip P.N. Majumbar (Karmanos Cancer Institute and Department of Medicine, Detroit, Michigan, Etats-Unis)
L’incidence du cancer colorectal augmente avec l’âge. Récemment, on a montré que l’expression de l’EGFR (récepteur du facteur de croissance épidermique) dans les tumeurs solides était corrélée à l’aggravation de la maladie, à l’envahissement métastatique, à une plus forte résistance à la chimiothérapie, et au pronostic défavorable. Or, l’expression de l’EGFR augmente avec l’âge. Parallèlement, a été découverte une protéine CARP-1 (Cell-cycle and Apoptosis Regulatory Protein) qui régule l’apoptose des cellules. Son expression diminue en cas de cancer (et proportionnellement au grade histologique de la tumeur) et avec l’âge. Une étude interventionnelle, en double aveugle contre placebo, a été menée chez des patients ayant subi la résection d’un adénome colique ; ils ont reçu 5 mg d’acide folique par jour pendant trois ans. Les résultats ont montré une diminution de moitié de l’incidence des polypes, les sujets âgés de moins de 70 ans ayant globalement mieux répondu. Cette inhibition de la rechute pourrait être liée à une atténuation de l’activation de l’EGFR. D’autres études in vitro indiquent que le FOLFOX entraîne une inhibition plus importante de l’EGFR lorsqu’il est associé au curcumin (connu pour ses propriétés anti-inflammatoires et anti-oxydantes).
LA PREVENTION DES CHUTES PAR LA VITAMINE D
D’après la communication du Pr Paul Lips (Department of endocrinology and EMGO Institute, University Medical Center, Amsterdam, Pays-Bas).
Une carence en vitamine D réduit l’absorption intestinale du calcium, diminue la minéralisation de l’os et entraîne une hyperparathyroïdie secondaire. Cette carence est un facteur de risque de fracture de hanche ostéoporotique ou ostéomalacique. De plus, nombreuses études épidémiologiques ont mis en évidence une corrélation ente le statut en vitamine D et la fonction musculaire. L’étude NHANES III par exemple (1), a montré que des tests spécifiques (temps de se lever d’une chaise ou de marcher) étaient beaucoup plus longs à accomplir chez des sujets ayant une carence en vitamine D (sérum 25 (OH) D < 25 nmol/l) que chez ceux ayant un statut normal. Les résultats étaient similaires dans l’étude de cohorte LASA (Longitudinal Aging Study Amsterdam) réalisée chez 1 319 personnes âgées de 65 à 88 ans (2). La relation entre le statut en vitamine D et le risque de chute est beaucoup plus nette dans le groupe de sujets âgés de 65 à 75 ans que dans celui des sujets de plus de 75 ans. Cet effet sur l’incidence des chutes a également été étudié avec ou sans supplémentation calcique avec des résultats contradictoires. Une étude récente (3) sur 3 ans a montré un effet signifi catif chez les femmes, mais pas chez les hommes. Les données des différentes méta-analyses divergent et les résultats sont souvent peu significatifs, en relation peut-être avec certains sous-types génétiques.
1. Chonchol M, Scragg R. 25-Hydroxyvitamin D, insulin resistance, and kidney function in the Third National Health and Nutrition Examination Survey. Kidney Int. 2007 Jan ; 71 (2) : 134-9.
2. Snijder MB, van Schoor NM, Pluijm SM, et al. Vitamin D status in relation to one-year risk of recurrent falling in older men and women. J Clin Endocrinol Metab. 2006 Aug ; 91 (8) : 2980-5.
3. Bischoff-Ferrari HA, Orav EJ, Dawson-Hughes B. Effect of cholecalciferol plus calcium on falling in ambulatory older men and women : a 3-year randomized controlled trial. Arch Intern Med. 2006 Feb 27 ; 166 (4) : 424-30.
MICRONUTRITION ET VIEILLISSEMENT OCULAIRE
D’après la communication du Pr Catherine Creuzot-Garcher (Service d’opthtalmologie, CHU Dijon ; Unité oeil et nutrition, FLAVIC, INRA).
L’oeil et ses annexes sont particulièrement vulnérables aux processus de vieillissement. Les recherches se développent pour évaluer les effets d’une prévention par la micronutrition.
Les trois premières maladies « cécitantes » liées au vieillissement sont la cataracte, le glaucome et la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). En effet, les tissus oculaires sont exposés au stress oxydatif et la rétine est le tissu qui consomme le plus d’oxygène. Sur le plan expérimental, l’Unité oeil et Nutrition (INRA) développe des modèles animaux de pathologies oculaires qui permettent d’évaluer le retentissement d’une intervention nutritionnelle. C’est ainsi qu’ont été développés des modèles de glaucome aigu (ischémie par ligature du nerf optique puis reperfusion) ou chronique (laser sur les veines épisclérales) ou de DMLA sur des souris SAM (senescence accelerated mouse).
Depuis quelques années, des études épidémiologiques ont permis de montrer le rôle bénéfique des vitamines (C, E), de certaines classes de lipides (DHA) et des antioxydants comme la lutéine dans la DMLA, par exemple. L’étude AREDS (Age-Related Eye Disease Study), réalisée aux Etats-Unis, a notamment suivi 3 640 patients pendant plus de 6 ans afin d’évaluer l’effet d’un apport important de vitamines C et E, de bêta-carotène et de zinc sur l’évolution d’une DMLA.
Les apports utilisés étaient bien supérieurs aux apports journaliers recommandés : vitamine C 500 mg/j, vitamine E 400 UI/j (13 fois supérieure à celle de l’AJR), zinc 80 mg/j (5 fois supérieure à l’AJR) et bêta-carotène 15 mg. Le risque de développer une DMLA dans le groupe supplémenté a diminué de 25 % par rapport au groupe témoin. L’étude AREDS 2, qui se met actuellement en place, va remplacer le bêta-carotène par la lutéine, composant majeur du pigment maculaire.
Dans l’étude LAST (Lutein Antioxidant Supplementation Trial), 90 patients atteints de DMLA ont reçu soit un complément quotidien de 10 mg de lutéine, soit ce complément plus un mélange d’antioxydants, soit un placebo pendant 12 mois. Chez les patients ayant reçu les suppléments de lutéine on a constaté l’amélioration de plusieurs symptômes, notamment la récupération après éblouissement, la sensibilité au contraste et l’acuité visuelle, par rapport aux patients prenant le placebo. Dans les formes débutantes (maculopathie), les acides gras polyinsaturés (DHA) seraient efficaces en prévention primaire. Des études interventionnelles ont également démontré l’intérêt de ces acides gras polyinsaturés (ratio omega 3/omega 6 : 1/5) pour améliorer le syndrome sec chez l’homme.
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